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06 avril 2008

dossier de presse et interview 2008 n2

chronique  album nos lendemains
LEXPRESS.fr du 04/03/2008
Nos lendemains


Isabelle Boulay


Gilles Médioni

Les chansons des grandes voix du Québec ne volent pas toujours très haut, mais Isabelle Boulay sait naviguer entre des rengaines casanières (Parle-moi), des refrains à l'eau de rose (Ton histoire) et ses classiques à elle, frissonnants, qui lui vont comme un gant (Mieux qu'ici-bas). Après un CD consacré à la country, De retour à la source, inédit en France, la chanteuse originaire de Gaspésie revient, droite et brûlante, avec Nos lendemains, un dixième album ample, fier et érudit, sur lequel se sont penchés Biolay, Le Forestier, Clerc, Murat, Dabadie, Golemanas. Entourée de ces artisans du verbe, Boulay empoigne des ballades de cow-boy, des dépressions existentielles, des chants charnels ou bucoliques, des sanglots refoulés. Sur Dieu des amours (Murat), Où est ma vie? (Golemanas, Lanty) ou L'Appuntamento, reprise en italien d'un tube brésilien, Isabelle Boulay fait entendre des blessures amères avec une ironie fine et un art qui évoque l'expressionnisme. C'est une grande interprète. C'est rare.

numéro 4

Isabelle Boulay: en toute franchise

Par Laurent Leblond  


Après son spectacle « multi-média » de 2006, toujours à Desjardins-TELUS, l'interprète Isabelle Boulay revient cette fois avec un show plus simple, moins éclaté, mais toujours aussi sincère et, surtout, toujours aussi franc.

Image

Isabelle Boulay, de plus en plus sereine.

Pas d'artifices dans cette prestation de près de deux heures, avec six musiciens, bien dirigés par Julie Lamontagne, aussi jazzwoman (qu'on a souvent vue au Festi Jazz avec son trio) et accompagnatrice de Boulay depuis des lustres), sous des éclairages précis et dans des décors tout simples, éclatants de rouge, dont la plus grande pièce est un grand divan causeuse. Qui sert bien la séquence country du spectacle.

Évidemment, Boulay ramène ses grands succès et des chansons de grands compositeurs, comme elle propose une version soutenue de « Coucouroucoucou Paloma », qui fait partie de son prochain disque, « Nos lendemains » (en vente, le mardi 4 mars), très agréable et surtout aux arrangements bien fignolés. D'ailleurs, ce spectacle est aussi remarquable par la qualité de ses orchestrations, non agressives, livrées avec une spontanéité et une maîtrise indiscutables, par ces six musiciens, complices et solides.

« J'ai souvenir encore » de Claude Dubois m'a particulièrement touché, d'abord par l'interprétation d'Isabelle Boulay, sensible et tendre, ensuite par le rappel de la dernière séquence de la série des « Lavigueur », sur cette musique, avec ce « dolly back » sur le père Lavigueur, en réflexion, revenu dans son appartement exigu du quartier qui a vu grandir sa famille... avant les millions.

Et la « section « country, issue de son excellent album, a permis de réunir toute la gang à l'avant-scène, pour des interprétations connues, attendues et fort appréciées, à entendre la réaction de la salle, remplie à capacité. « J'ai un amour qui ne veut pas mourir » a entre autres littéralement soulevé la foule.

J'ai aussi aimé entendre des chansons qu'on retrouvera sur le nouvel album de Boulay, « Juste une étoile... », de Maxime Le Forestier et de Julien Clerc (qui lui a aussi écrit « Reviens, Reviens, Reviens », fort belle chanson) et « N'aimer que t'aimer », de Didier Golemanas et Daniel Seff. Enfin, « Vouloir t'aimer » de Laurence Jalbert, sur une musique de Guy Rajotte, donne un bel exemple de la sérénité de l'interprète.

Car, ce spectacle nourrit la qualité des interprétations d'Isabelle Boulay, qui possède toujours cette superbe voix et cette incontournable présence sur scène, plus mature, plus simple, dans le sens accessible du terme. La mise en scène d'Yves Desgagnés lui permet de se rapprocher du public, de son public, tout en évoluant sur une scène aménagée de façon à lui donner toute la place, en compagnie de ses musiciens, aux bords de scène, ou franchement aux côtés de l'interprète, quand il se doit. Cette pente vers l'avant est une fort belle idée, comme la façon de créer les intermèdes de changement de robes, où les musiciens soutiennent la séquence à venir, tout en improvisant (fort joliment, d'ailleurs),  jusqu'à ce que l'interprète revienne continuer son tour de chant. Même tactique, fort originale, aux rappels.

Généreuse, Isabelle Boulay a manifestement répondu aux attentes de ses admirateurs et a livré un spectacle d'une rigueur évidente, tout en se permettant des insertions spontanées, au rythme de l'atmosphère. Beau moment de franchise et de spontanéité, autant vocales que musicales. Desjardins-TELUS n'en était que plus belle et aussi chaleureuse.

chroniques

Isabelle Boulay - Nos Lendemains (2008)

Article publié le 27 février 2008 à 11:46 par Pierre-Luc Gagnon

Isabelle Boulay n’attend plus Nos Lendemains

Philippe Beauchemin par  Philippe Beauchemin

La chanteuse Isabelle Boulay lançait cette semaine, devant public et fans, son tout nouveau disque, Nos Lendemains.

Sur le nouveau CD de la chanteuse, qui a enregistré la totalité des chansons à Paris avec la complicité de Dominique Blanc-Francard (Camille, Raphaël, Françoise Hardy, Stéphane Eicher), on retrouve l’Isabelle Boulay sensible aux amours perdus, aux chemins qui se croisent, mais également à la force des mots.

Ainsi, elle s’est adjoint les services de paroliers de renom pour ce disque. Julien Clerc, Maxim Le Forestier, Benjamin Biolay, Laurence Jalbert participent ou contribuent à l’une ou l’autre des chansons.

Une belle surprise également sur cet opus : une reprise de la pièce « Tomorrow in her eyes » de Ron Sexsmith, qu’elle a elle-même adaptée en français avec l’aide de Guillaume Vigneault.

Outre cette reprise, Isabelle Boulay adapte également une chanson brésilienne (« L’appuntamento ») et une espagnole (« Coucouroucoucou Paloma », de Tomas Mendez Sosa).

Nos Lendemains nous arrive un an seulement après le très country De retour à la source. 

Isabelle Boulay n’attend plus Nos Lendemains

Isabelle_Boulay

Nos lendemains

Chic musique, V2 (Universal)

Sorti le 3 mars

On connaissait Isabelle Boulay, chanteuse à voix. Voici qu'à 35 ans et 12 ans de carrière, son dernier album la révèle chanteuse à textes. Pour Nos lendemains, sixième opus en studio, la Gaspésienne a dompté sa puissance vocale pour offrir des interprétations plus en finesse.

La métamorphose n'est pas telle qu'elle troublera les fans de la première heure ; peut-être incitera-t-elle quelques réticents à prêter l'oreille. Ne serait-ce que par curiosité. La première des surprises est sans aucun doute la présence de Benjamin Biolay à l'écriture, au piano et à la trompette dans Ne me dis pas qu'il faut sourire, "le coeur de 'lalbum" aux dires d'Isabelle Boulay.

Guitare slide et accordéon

De Biolay (35 ans) à Jean-Loup Dabadie (70 ans) en passant par Maxime Le Forestier, Nos Lendemains fédère les auteurs canadiens et français et franchit tous les ponts sans complexe et sans peur de faire cohabiter le folk, les ballades très gentiment rock et les slows les plus mielleux. Isabelle Boulay n'a pas pu résister à quelques incursions du côté de la country et de ses guitares slide. Et pour rétablir la balance de part et d'autre de l'Atlantique, l'album ose quelques notes d'accordéon.

Radiohead est fan

Autre surprise : une reprise de Coucouroucoucocu Paloma en guise d'hommage à Nana Mouskouri, dont Isabelle Boulay est fan depuis la première heure. Et même avant, car la chanteuse a confié dans la presse canadienne qu'elle s'agitait dans le ventre de sa mère à chaque fois que le disque passait.

Le titre phare de l'album Nos Lendemains est l'adaptation d'une chanson de Tomorrow in her eyes, de l'Ontarien Ron Sexsmith, un artiste qui compterait parmi ses fans Radiohead, Elton John ou Paul McCartney. Le succès radiophonique, lui, est déjà assuré pour Ton histoire, ses cordes et ses choeurs. Un genre où excelle la Québécoise. On ne se refait pas tout à fait.






Posté par davidnonoise à 12:24 - presse 2008 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


dossier de presse sur la tournée 2008 et interview

PARIS - Il aura suffi que Isabelle Boulay, après une absence de près de trois ans, réapparaisse sur la scène de l'Olympia, moulée dans une longue robe, pour que le charme opère. Vendredi soir, avec élégance et simplicité, la Gaspésienne a reconquis sans mal le public parisien, qui l'a longuement applaudie avant même qu'elle ne chante sa première note.

Isabelle Boulay donnera trois concerts à l'Olympia, trois concerts qui s'annoncent déjà comme le moment fort d'un tournée européenne de trois mois entreprise le 14 mars à Nantes, quelques jours à peine après la sortie son dernier disque, "Nos Lendemains", enregistré à Paris.

Mis en scène par Yves Desgagnés, le spectacle est le même qu'au Québec, avec son très beau décor: un rideau de scène rouge aux larges drapés, devant lequel s'étend un plan incliné, dont Isabelle Boulay occupe le centre, flanquée de part et d'autre de ses six musiciens.

Dans la salle vendredi soir se trouvaient le légendaire parolier Jean-Loup Dabadie, et Maxime Leforestier, qui lui ont écrit des chansons. Sur scène, Benjamin Biolay et Julien Clerc sont venus chanter en duos avec la chanteuse rousse "Ne me dis qu'il faut sourire" et "Reviens, reviens".

Isabelle Boulay, qui a toujours su s'entourer des meilleurs auteurs français, occupe une place à part en France. Perçue comme une chanteuse de variétés (populaire) de qualité, elle a échappé à l'étiquette de "hurleuse" qui colle à la peau de la plupart des Québécoises. C'est comme si la chanteuse à voix était devenue chanteuse à textes, pour reprendre la formule d'un journal français. Aujourd'hui, en raison de sa culture musicale, Isabelle Boulay pourrait presque apparaître comme la plus française des chanteuses québécoises, mais aussi comme la plus "country" des chanteuses françaises.

Libérée, visiblement épanouie, elle ose désormais le grand écart entre l'accordéon et la "pedal steel" country. Elle donne ainsi toute la mesure de son talent, interprétant ses plus récentes chansons sans effets de voix inutiles, avant d'enchaîner, à son autre manière, sur ses plus grands succès : "Parle moi", "Un jour ou l'autre", "Je t'oublierai". Elle n'hésite pas non plus à être carrément rock - comme dans "Déjeuner en paix", de Stephan Eicher - ou résolument kitsch, avec "Coucouroucoucocu Paloma", en hommage à Nana Mouskouri.

Mais surtout, même ici, Isabelle Boulay se révèle éminemment "western", comme dans son disque précédent, "De retour à la source", plus ou moins inédit de ce côté-ci de l'Atlantique. Sur la scène de l'Olympia, elle a revendiqué haut et fort ses racines "country", son enfance gaspésienne et sa tante Adrienne.

"C'est la musique du cœur", a-t-elle dit.

En tout cas, c'était sans doute la première fois que "J'ai un amour qui ne veut pas mourir" résonnait dans le célèbre music-hall. Un triomphe. Il ne manquait que Renée Martel.

Par Michel Dolbec , La Presse Canadienne

interview

ISABELLE BOULAY - Loin de l’artillerie lourde de ses consoeurs québécoises, Isabelle Boulay a toujours été hors catégorie. À part. Loin devant. Interview à son hôtel.

De la petite fille qui chantait debout sur un juke-box en Gaspésie pour divertir les clients du restaurant de ses parents à Starmania, en passant par la country, la variété et la chanson réaliste, sa carrière est un onctueux mélange de styles et d’émotions. Pour Nos lendemains, son nouvel opus en studio, la Gaspésienne a dompté sa puissance vocale pour nous offrir un beau bouquet de chansons d’auteurs canadiens et français, ciselées dans de la dentelle, servies par une voix plus céleste, aux interprétations plus en finesse, et dont la simplicité et l’épure des arrangements confèrent une intimité particulière. Un art de chanter qui évoque l’expressionnisme. Entre le Canada et la France, cette artiste sincère et humble n’a jamais dérogé de sa ligne directrice : trouver sa vérité profonde.

Vous ouvrez votre disque sur une chanson de rupture et l’invocation d’une femme toujours amoureuse malgré la fin évidente de son histoire. Drôle d’entrée en matière !
J’ai tenu à faire figurer cette chanson au début justement car elle sort du romantisme primaire. J’étais moi-même une romantique invétérée à vingt ans, et je n’aime plus aujourd’hui de la même manière. Je trouvais intéressante l’ambivalence du texte et de la musique. J’aimais l’idée de débuter ce disque par un peu de cynisme et d’espièglerie. Cette femme assume sa rupture. Elle en veut à l’homme qu’elle a aimé, mais esquive son chagrin et entrevoit le bout de la douleur.

Il y a un nouveau son très épuré et dépouillé dans ce disque. Provient-il de l’arrivée dans votre équipe du réalisateur Dominique Blanc-Francart ? Comment s’est déroulée votre collaboration ?
C’est un bel alchimiste. Cela faisait près de quinze ans que je voulais travailler avec Dominique Blanc-Francart, depuis que je l’avais repéré sur les albums Engelberg et Carcassonne de Stéphan Eicher. Je suis très attachée à la manière dont les disques se font, et j’ai toujours été attirée par les réalisations dépouillées. La première fois que je me suis rendue à son studio, j’avais amené une version que j’avais enregistrée de Coucouroucoucou Paloma et nous avons débuté le travail ainsi, en définissant une direction sonore.

Et, justement pour quelle raison avez-vous souhaité reprendre ce titre, initialement créé en 1968 par Nana Mouskouri, qui a quand même quarante ans ?
Ma mère m’a racontée qu’à l’âge de huit mois déjà, quand elle mettait les chansons de Nana Mouskouri, je me mettais à frémir. Des années plus tard, quand j’ai vu le film de Pedro Almodovar Parle avec elle et entendu la superbe version de Caetano Veloso, tout ce passé m’est revenu. La chanson m’est restée et est redevenue une manière pour moi d’aller parler à mes souvenirs. Avec Dominique Blanc-Francart, j’ai voulu retrouver dans cette chanson à la fois le chic, la classe et l’élégance de cette chanson.

Il y a également une chanson italienne, L’appuntamento. Pour quelle raison et avez-vous pensé à rechercher une adaptation française de ce standard italien immortalisé par Ornella Vanoni, ressuscité récemment dans la bande originale d’Ocean’s 12 ?
Avec L’appuntamento, nous voulions garder le charme italien un peu suranné et amener cette chanson dans la modernité. Nous avons essayé plusieurs adaptations et j’espère, un jour, recevoir de Roberto Carlos son approbation pour en livrer une version française.

Vous aimez l’Italie ?
Oui, avec la Corse. Ces peuples sont assez proches des Québécois. Les Corses vivent dans une sorte de vérité sauvage, complètement au coeur de la vie. En Italie, nos codes de vie se ressemblent. Je me sens proche de leur philosophie de vie, de la sensualité à l’italienne et de l’attrait du plaisir. J’aime la musicalité de la langue. Je me sens comme chez moi en Italie. Ils râlent toujours avec le sourire. J’y avais tourné dans un petit village près de Rome mon clip de la chanson Une autre vie.

Nos lendemains décline différentes manières d’aimer. L’amour, c’est votre sujet de prédilection ?
C’est la plus grande question que je me pose. L’amour est le plus grand des mystères.

Vous croyez à l’amour ou vous pensez que “les histoires d’amour finissent mal en général” ?
Dans les rapports très passionnels, les histoires un peu pathologiques et fusionnelles se terminent toujours dans le drame. Mais, quand un amour est arrivé à maturité et qu’il s’émousse, on peut avoir la sagesse de se dire que cette relationest arrivée à son terme et se quitter. On a du chagrin, bien sûr, mais je crois que les liens se transforment, après... D’une manière générale, cet album est un album de maturité amoureuse, il porte en lui la possibilité de s’ouvrir à une autre vie, à d’autres lendemains. Avec l’âge, on gère mieux le rapport à l’amour.

L’artiste Isabelle Boulay et la femme Isabelle sont-elles réconciliées ? Où en êtes-vous?
Là, j’y suis vraiment. Avant, il y avait une espèce de lutte autour de la place que prenait la chanteuse dans la vie de la femme. Là, j’ai vraiment intégré la chanteuse parce que j’ai bien compris que j’allais être une chanteuse toute ma vie et que je devais l’accepter. J’ai réconcilié les deux. Peu importe que je sois une amoureuse, une mère. Je serai aussi toujours une chanteuse.

Cette dichotomie entre la chanteuse et la femme se sentait dans vos albums d’ailleurs. On percevait les fêlures…
Il y avait plus de pesanteur dans ma façon de chanter. Je voulais davantage être dans le plaisir dans cet album. J’ai réussi à concilier les souhaits que j’avais avec mes accomplissements.

Comment vous est venue l’idée d’adapter Tomorrow in your eyes de Ron Sexsmith ?
J’ai fait entendre à Guillaume Vigneault, fils du chanteur Gilles Vigneault, quelques chansons de Ron Sexsmith. Retriever est mon album préféré de Ron et Tomorrow in your eyes est la chanson d’amour la plus belle qui soit. Elle est synonyme d’espace et de liberté. Quand Guillaume est arrivé à la maison, il voulait essayer de faire des chansons en français aussi belles que celle-là en anglais. Sans me le dire, il a commencé à travailler sur une adaptation. Il est revenu un matin avec les deux tiers de la chanson, et je l’ai aidé à la terminer.

Julien Clerc vous a composé Juste une étoile et Reviens, reviens, reviens sur cet album. Encore un rêve d’enfant réalisé ? Vous aviez déjà repris Le coeur volcan dans votre dernier spectacle et vous l’aviez invité sur la scène de vos derniers Olympia pour chanter en duo Les séparés…
Oui, car j’ai beaucoup écouté Julien Clerc et notamment Coeur de rocker qu’avait écrit Luc Plamondon. Je mesure ce privilège car ses musiques m’ont toujours accompagnée et se raccrochent à des souvenirs. Reviens, reviens, reviens est la première chanson que j’ai reçue de sa part.

Nos lendemains est aussi marqué par un changement de casquette, puisque Benjamin Biolay a laissé son habit de réalisateur pour celui d’auteur-compositeur. Qu’est-ce qui vous a séduite dans sa chanson Ne me dis pas qu’il faut sourire ?
Il m’a vraiment fait un beau cadeau ! Mais, il n’est pas le seul à avoir changé de rôle. Alain Lanty, par exemple, que j’avais croisé en tant que pianiste, se retrouve aussi compositeur. Quant à Benjamin et moi, nous étions en studio au même moment. Lui, travaillait sur Trash Yéyé et moi, je faisais des allers-retours entre Paris et Montréal pour construire mon disque. Un jour, Dominique m’a demandé si je voulais un titre de Benjamin. Il savait qu’il avait écrit une chanson spécialement pour moi et a joué l’intermédiaire. Lors de ma visite suivante, il m’a fait écouter Ne me dis pas qu’il faut sourire. Dès que je l’ai entendue, il était évident qu’elle serait sur mon album. Il y avait dans cette chanson une langueur presque érotique, que je n’aurais pas chantée si Benjamin n’y avait pas pensé pour moi.

Je ne m’effraie pas d’un futur obscur chantez-vous dans Nos lendemains. Cette confiance dans le futur, c’est votre état d’esprit actuel ?
Absolument. Si j’ai envie de quelque chose, je le fais et je ne me demande plus si c’est bon ou non pour ma carrière. Je me laisse davantage porter qu’avant car je me sens tout simplement plus libre.

Concernant la comédie, vous avez fait une apparition dans Le coeur a ses raisons, un feuilleton parodique où vous jouiez une hôtesse de l’air... Le cinéma vous tenterait-il ?
Je pensais que cela passerait inaperçu en France ! Je l’ai fait uniquement par amitié pour Marc Labrèche et beaucoup par plaisir. J’adore cet homme, il me fait rire. Nous avions déjà fait des sketches ensemble à l’occasion d’une émission spéciale. C’était l’occasion de partager de nouveau quelques éclats de rire. Je suis loin de me prétendre actrice. En revanche, j’aime l’autodérision.

Quelle va être la couleur de votre spectacle à l’Olympia ?
Je vais faire entrer mon public dans ma boîte à musique. Nous jouerons sept chansons du nouvel album, mais je reprendrai aussi des morceaux plus anciens comme Je t’oublierai, Je t’oublierai, Parle-moi ou Mieux qu’ici-bas. Il y aura aussi une partie country, notamment une chanson que chantait ma tante Adrienne : J’ai un amour qui ne veut pas mourir et les arrangements seront fidèles à cet album, sauf deux chansons assez rock. Je revisite même Déjeuner en paix !

Que vous inspire le chemin que vous avez parcouru jusqu’ici ?
Je suis heureuse d’être là et d’être entrée dans l’espace dans lequel je voulais être. Je n’ai pas échappé à mon destin. Je travaille avec des gens qui m’ont fait rêver et qui m’amènent plus loin que là où je suis déjà allée. C’est une des plus belles périodes de création de ma vie ! Je suis comblée. Je travaille fort mais je fais le métier que j’aime et surtout je le fais de la façon dont j’ai envie de le faire, et ça c’est un luxe incroyable.

  • Propos recueillis par Dominique PARRAVANO : http://www.paruvenduparis.com
  • Crédit photos - Site officiel : http://www.isabelleboulay.com/


Par La rédaction, jeudi 13 mars 2008 à 08:58 - Interview - #747 - rss


interview 2

Vous avez enregistré votre nouvel album au Studio Labomatic de Dominique Blanc-Francard. Pourquoi ce choix?
Je voulais travailler avec Dominique Blanc-Francard depuis plusieurs années. J'avais adoré son travail sur les albums de Stéphane Eicher, notamment Engelberg. Je suis très sensible à sa démarche, enregistrer dans des lieux atypiques, comme une chambre d'hôtel, un château à Carcassonne, chercher où l'instrument résonne le mieux... Pour Nos Lendemains, j'ai vécu l'une des expériences d'enregistrement les plus bénéfiques pour moi. Auparavant, quand je travaillais en studio, je me sentais comme dans un laboratoire, un peu comme si j'étais dans un incubateur. Là, on a bossé de façon plus artisanale, pour être au plus près des chansons, elles ont été enregistrées en live, en petite formation. On ne cherchait pas forcément la perfection, plutôt trouver la justesse de l'émotion, la vérité de chaque chanson. Ça m'a donné un autre souffle, plus de liberté dans l'interprétation et je me suis autorisé une forme d'abandon.

Vous avez réuni une équipe d'auteurs-compositeurs de premier choix...
Oui une équipe de rêve. Certaines chansons ont vraiment été conçues à l'ancienne, comme celle écrite par Julien Clerc et Jean-Loup Dabadie qui m'a fait rêver avec tous ses beaux textes écrits pour Serge Reggiani. Ils me l'ont envoyé sur une vieille cassette! C'était charmant, à l'ère de l'Internet.

Et comment s'est passée la collaboration avec Benjamin Biolay?
Benjamin travaillait dans le studio juste à côté. Et un soir, il a laissé une chanson à Dominique Blanc-Francard. Dès la première écoute, j'ai eu la conviction que cette chanson allait être le coeur de mon album. Avec Benjamin au piano, on l'a enregistré en deux prises. J'adore son jeu, sa langueur, il a une façon de jouer sans jouer.

On vous imagine plutôt loin de son univers...Au contraire, je suis très sensible à son univers, son romantisme noir, ses chansons d'amour un peu cyniques et fatalistes. Mais il ne s'agit d'un cynisme plutôt souriant. Comme pour Jean-Louis Murat, il existe toujours une brèche pour respirer et s'échapper. Sinon, j'exècre le cynisme pur. Mais Benjamin n'est pas quelqu'un de catégoriquement cynique. En fait, je préfère parler d'une lucidité. Mais une lucidité extrême. Et ça me touche. Je me dis souvent, que si j'étais un garçon, je ressemblerais beaucoup à Benjamin Biolay dans le caractère, ma part virile est très proche de la sienne.

"Chanter l'amour du point de vue masculin"

Et Jean-Louis Murat?
Je ne l'ai pas encore rencontré, mais je me sens beaucoup d'affinités avec Jean-Louis. Mon père vivait comme lui, dans un chalet au milieu de la nature, loin de tout, libre. J'ai grandi en Gaspésie, une région très sauvage, aride, dure, la vraie vie. Mon père était issu d'une fratrie de 14 enfants, il était fils d'ouvriers cultivateurs, il a vécu dans la pauvreté, il a dû travailler sur les chantiers dès 13 ans. Il possédait également un restaurant avec un bar. Des musiciens jouaient pour un public de gens esseulés et de coeurs brisés. C'est là que je fis mes premières scènes, j'y ai chanté régulièrement de 7 à 11 ans. Ce restaurant, c'était un peu le refuge du village. Il était courant de voir des femmes violentées arriver en pleurs chez nous.

Isabelle Boulay revendique son côté 'country'. (Pierre CHOINIERE/DR)Isabelle Boulay revendique son côté 'country'. (Pierre CHOINIERE/DR)

L'amour reste le thème central de vos chansons. Pas envie d'aborder d'autres thèmes?
Je n'ai pas encore fait le tour de la question! Juste une étoile c'est une chanson sur le deuil, sur la perte de l'être aimé. Mais dans cet album là, il y a beaucoup de chansons d'amour et d'espoir. Ce qui n'était peut-être pas le cas dans mes autres albums, marqués par un romantisme exacerbé, beaucoup plus lyrique.

Dans certaines chansons, vous semblez parfois adopter le point de vue de l'homme...
Oui, je m'octroie cette liberté: chanter l'amour du point de vue masculin. Contrairement à ce qu'on peut imaginer les hommes sont plus fragiles et se "commettent", s'impliquent dans l'amour plus qu'on ne le pense. J'ai vu beaucoup plus souvent des amis masculins terrassés par des chagrins d'amour et s'en sortir bien plus difficilement que certaines de mes amies. Les hommes n'ont socialement pas le droit à l'épanchement, à la peine, au chagrin. La douleur se vit de façon plus pudique et introvertie, elle est presque enfermée chez les hommes. Et je trouve cela intéressant à exprimer.

Vous avez publié l'année dernière un album en hommage à la musique country. Une passion de jeunesse?
J'ai grandi avec cette musique, j'ai commencé à chanter avec cette musique, trop souvent mal connotée comme une musique nationaliste, une musique de plouc et j'en passe... Moi j'ai vécu la musique country de l'intérieur, les musiciens country sont les artistes les plus élégants que j'ai pu rencontrer dans ma vie. Ils se présentent frais, dispos et toujours bien mis. Ils possèdent une dignité, du coeur. Leur métier, c'est leur ouvrage. Ils réconfortent les gens en souffrance, seuls, désespérés, avec des chansons simples, sans prise de tête, mais qui les amènent droit dans leur coeur. Donc dans mes spectacles, je vais interpréter une petite dizaine de chansons country, pour faire découvrir ce répertoire au public français. Et lui raconter aussi une partie de mon enfance.

CD. Nos Lendemains (Polydor/Universal)
En concert les 21, 22 et 23 mars. L'Olympia.



presse 2008


Le dimanche 23 mars 2008

Isabelle Boulay: la consécration tranquille

 (Photo fournie par le producteur)
Agrandir l'image

Photo fournie par le producteur

Louis-Bernard Robitaille

La Presse

Collaboration spéciale

Paris

Depuis ses débuts en solo en France, il y a sept ou huit ans, Isabelle Boulay n'a pas vraiment changé. Même quasi inconnue, elle avait de l'assurance, du sérieux et de la spontanéité. Aujourd'hui c'est pareil. À Paris elle descend dans un palace qui doit être le plus discret de la ville, à l'abri des curieux et des paparazzis. Et, avec la simplicité des premiers jours, mais aussi une grande connaissance du métier, elle parle du «privilège» qu'elle a de rester tout en haut de l'affiche en France, plusieurs années après le gigantesque succès de son deuxième album, qui a dépassé le million et demi d'exemplaires vendus.

«Je suis vraiment contente, dit-elle en finissant son thé nature, de constater que désormais je ne suis plus ici la Québécoise qui débarque, mais que je fais un peu partie de la famille. Je n'ai pas connu en France le succès instantané, il n'est pas venu tout seul, et mes ventes se sont toujours étalées sur 18 ou 24 mois. Mais les gens m'ont adoptée.»

Peu après midi et demi, en professionnelle appliquée, elle est déjà en route vers l'Olympia, où elle allait donner hier soir la première de trois représentations. À guichets fermés bien sûr. Dans les débuts d'une tournée d'une quarantaine de salles de 1000 à 2000 places - province française, Belgique et Suisse.

S'il fallait une confirmation du fait que la France l'a véritablement adoptée, on l'a le soir même à l'Olympia. Salle (2200 places) comble jusqu'au dernier strapontin. Dans l'assistance, on aperçoit quelques-uns des auteurs et compositeurs qui ont contribué à ce dernier album, sorti le 3 mars en France: le parolier Jean-Loup Dabadie et Maxime Le Forestier. Julien Clerc, lui, n'est pas dans la salle, puisqu'il se prépare à interpréter avec elle Reviens, reviens, reviens. Tout comme Benjamin Biolay, qui fera en duo Ne me dis pas qu'il faut sourire. Son producteur, Gilbert Coullier, superpuissance parisienne, est dans la salle.

La salle est non seulement remplie à craquer, mais surtout pleine de fans enthousiastes qui manifestement connaissent ses albums et font une ovation à ses titres les plus connus, Parle moi, Mieux qu'ici bas, etc. Mais, justement, comme elle fait partie de la famille, Isabelle Boulay s'est autorisé le risque, exactement comme au Québec, de glisser une grosse moitié de nouveautés dans son spectacle de 22 chansons. Les apparitions de Julien Clerc et Biolay, certes, aident à faire passer les neuf chansons de Nos lendemains qu'elle propose au public. Et, dans la deuxième moitié du spectacle, on constate que les spectateurs accrochent instantanément à la magie énergique de ses titres country, presque aussi applaudis que ses tubes les plus connus.

Isabelle Boulay, qui n'avait pas fait de grande scène parisienne depuis plus de deux ans et demi, en est en quelque sorte au stade de la consécration tranquille. Bien entendu, le score phénoménal de Mieux qu'ici bas n'a pas été égalé avec le troisième album - qui a tout de même atteint les 600 000 exemplaires, un chiffre d'autant plus impressionnant qu'entre-temps, l'industrie du disque a été frappée de plein fouet.

À peine sorti le 3 mars dernier, Nos lendemains s'est installé solidement parmi les 10 succès de la semaine, à la septième puis huitième place. À Nantes et Tours, où elle a entamé sa tournée juste avant l'Olympia, elle a fait salle comble dans des salles de quelque 1500 places. Et, alors que la grande presse fait de moins en moins de critiques d'albums, elle vient d'être couverte de fleurs, aussi bien par L'Express («C'est une grande interprète. C'est rare.») que par Le Parisien («Une chanteuse à voix vraiment pas comme les autres.») ou même L'Humanité: «Un univers d'une grande élégance dans lequel la chanteuse révèle l'étendue de son talent.» Le Soir, principal quotidien belge, lui consacre deux longs articles élogieux. Indéniablement, Isabelle Boulay fait partie du paysage musical français. Au premier plan.

Elle-même, qui a connu à Paris les espoirs et les duretés des premières parties de spectacle, avait décidé de donner sa chance à la talentueuse Florence K. Laquelle, accompagnée de son clavier et d'un seul musicien, un guitariste, a interprété avec grâce et modestie cinq titres, dont Vol de nuit, qui commence à tourner sur Radio Bleue, une filiale de France Inter (principale radio publique). Reçue chaleureusement par le public d'Isabelle Boulay, Florence va aussitôt enchaîner avec trois spectacles de Bernard Lavilliers, dont elle fera aussi la première partie. Un an après l'excellente salle de L'Européen à Paris, Florence K poursuit sa mise en orbite. En lorgnant quelques grands festivals de jazz, de blues et de world music en France.




Posté par davidnonoise à 11:43 - presse 2008 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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